Pour obtenir l’allocation aux adultes handicapés, il faut réunir cinq conditions : un taux d’incapacité suffisant, un âge minimum, la résidence en France, des ressources sous un plafond, et une demande déposée à la MDPH. La première est celle qui décide de tout et celle qu’on comprend le moins : le taux d’incapacité n’est ni le taux d’invalidité de la Sécurité sociale, ni un pourcentage médical, mais une classe de gravité fixée par un guide-barème réglementaire. Cette page explique comment il est évalué, ce que change le seuil de 80 %, ce que recouvre la « restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi » exigée entre 50 et 79 %, et les autres conditions. Montants vérifiés le 15 septembre 2026 sur service-public.gouv.fr ; prochaine revalorisation le 1er avril 2027.
Les deux voies d’accès
| Taux d’incapacité | Condition supplémentaire | Durée d’attribution | Montant maximum 2026 |
|---|---|---|---|
| 80 % et plus | Aucune | 1 à 10 ans ; sans limite si le handicap n’est pas susceptible d’évoluer favorablement | 1 041,59 € par mois |
| 50 % à 79 % | Restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi (RSDAE) | 1 à 2 ans ; jusqu’à 5 ans si la restriction n’est pas susceptible d’évoluer | 1 041,59 € par mois |
| Moins de 50 % | Pas d’AAH | — | — |
Le montant est le même dans les deux cas. La différence tient à la durée des droits, à la charge de la preuve (la restriction d’accès à l’emploi doit être établie) et à quelques droits associés : la majoration pour la vie autonome et le maintien de l’AAH après l’âge de la retraite sont réservés au taux de 80 %.
Comment le taux d’incapacité est fixé
Le taux est déterminé par la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), sur proposition de l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH, à partir du guide-barème de l’annexe 2-4 du code de l’action sociale et des familles. Ce guide ne donne pas un pourcentage par maladie : il classe les conséquences du handicap sur la vie quotidienne en cinq niveaux, et seuls les deux derniers ouvrent l’AAH.
| Classe du guide-barème | Taux | Ce que cela décrit |
|---|---|---|
| Troubles légers | 1 à 15 % | Gêne sans retentissement notable sur la vie quotidienne |
| Troubles modérés | 20 à 45 % | Gêne notable, autonomie conservée pour les actes essentiels |
| Troubles importants | 50 à 75 % | Entrave notable dans la vie sociale ou professionnelle, autonomie conservée |
| Troubles graves | 80 à 95 % | Autonomie perdue pour les actes essentiels de la vie (se laver, s’habiller, se déplacer, communiquer), ou entrave majeure |
| Troubles majeurs | 100 % | Abolition d’une fonction, dépendance totale |
Deux personnes atteintes de la même affection peuvent donc recevoir des taux différents, selon les traitements, l’environnement et l’aide dont elles disposent. À l’inverse, des pathologies très différentes (déficience visuelle profonde, schizophrénie, paraplégie) conduisent au même taux de 80 % dès que l’autonomie pour les actes essentiels est perdue. L’évaluation porte sur la situation au moment de la demande, avec les traitements et appareillages en place, et non sur ce que serait le handicap sans eux.
Ce taux ne doit pas être confondu avec les catégories de la pension d’invalidité (1, 2, 3), attribuées par le médecin-conseil de la CPAM selon la capacité de gain, ni avec le taux d’incapacité permanente d’un accident du travail. Une pension d’invalidité de 2e catégorie ne vaut pas 80 % d’incapacité MDPH, et réciproquement. Les deux évaluations se demandent séparément et peuvent aboutir à des résultats différents pour la même personne.
La restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi
Entre 50 et 79 %, l’AAH suppose que la CDAPH reconnaisse une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi, définie par l’article D.821-1-2 du code de la sécurité sociale. La restriction est substantielle quand le handicap crée des difficultés importantes pour accéder à un emploi et que ni un aménagement de poste, ni un accompagnement, ni une formation ne suffisent à les compenser. Elle est durable quand elle est prévisible pour au moins un an à compter du dépôt de la demande.
Trois points pratiques. La RSDAE s’apprécie par rapport à un emploi en milieu ordinaire : elle est compatible avec un travail en ESAT, et avec une activité en milieu ordinaire de moins d’un mi-temps lorsque cette durée réduite résulte du handicap. Elle ne peut pas être reconnue à une personne qui travaille à mi-temps ou plus en milieu ordinaire. Enfin, l’âge, le niveau de formation ou la situation du marché de l’emploi ne sont pas des motifs : seules les conséquences du handicap comptent. Le formulaire de demande comporte une rubrique « vie professionnelle » où il faut décrire les emplois occupés, les arrêts, les échecs de reprise et les aménagements tentés ; c’est sur ces éléments que la commission se prononce.
Les autres conditions
L’âge. Vingt ans, ou seize ans si le jeune n’est plus considéré à charge de ses parents pour les prestations familiales. Il n’y a pas d’âge maximum pour demander l’AAH avant l’âge légal de la retraite. Au-delà, l’AAH ne peut être demandée pour la première fois que si le taux d’incapacité atteint 80 %.
La résidence. Résidence stable en France, c’est-à-dire plus de neuf mois par an. Les personnes de nationalité étrangère hors Espace économique européen et Suisse doivent être en séjour régulier ; aucune durée minimale de présence ni de titre n’est exigée.
Les ressources. Le plafond annuel est de 12 499,08 € pour une personne seule, majoré de 6 249,54 € par enfant à charge. Depuis le 1er octobre 2023, les revenus du conjoint, partenaire ou concubin ne sont plus pris en compte. Pour une personne sans activité, les ressources retenues sont celles de l’avant-dernière année (avis d’imposition N-2). Pour une personne qui travaille, la CAF recalcule l’AAH chaque trimestre à partir d’une déclaration trimestrielle de ressources, avec un abattement sur les revenus d’activité : cumul intégral pendant six mois après la reprise, puis 80 % d’abattement jusqu’à 560,11 € de salaire mensuel et 40 % au-delà. Le détail est dans AAH et travail : cumul, abattements et calcul.
Les autres prestations. L’AAH est subsidiaire : la demande suppose d’avoir fait valoir ses droits à une pension d’invalidité, une rente d’accident du travail ou une retraite si l’on y a droit. Ces prestations sont ensuite déduites : une pension d’invalidité de 650 € par mois laisse une AAH de 1 041,59 − 650 = 391,59 €. Depuis 2017, il n’est plus obligatoire de demander l’ASPA à l’âge de la retraite.
Le montant et ce qui s’y ajoute
L’AAH à taux plein est de 1 041,59 € par mois depuis le 1er avril 2026. Elle est réduite à 30 % de ce montant, soit 312,48 €, après 60 jours d’hospitalisation, d’hébergement en maison d’accueil spécialisée ou d’incarcération, sauf si l’allocataire a un conjoint, un enfant ou un ascendant à charge, ou des frais de logement à payer. Le versement normal reprend le mois suivant la sortie.
La majoration pour la vie autonome, 104,77 € par mois, s’ajoute automatiquement aux allocataires dont le taux atteint 80 %, qui perçoivent l’AAH à taux plein ou en complément d’une pension, vivent dans un logement indépendant pour lequel ils perçoivent une aide au logement, et n’ont aucun revenu d’activité. Le complément de ressources (179,31 €) n’est plus attribué depuis le 1er décembre 2019 ; ceux qui le percevaient le gardent jusqu’à la fin de leurs droits, au plus tard en 2029.
L’AAH n’est pas imposable, n’est pas récupérable sur la succession et est incessible et insaisissable, sauf pour les frais d’entretien de la personne. Elle est versée par la CAF ou la MSA vers le 5 du mois.
À l’âge de la retraite
Le sort de l’AAH dépend là encore du taux. Avec un taux de 80 % ou plus, l’allocataire conserve l’AAH après l’âge légal de départ, en complément de sa retraite si celle-ci est inférieure à 1 041,59 €, sans avoir à demander l’ASPA. Avec un taux de 50 à 79 %, l’AAH cesse à l’âge légal (62 à 64 ans selon l’année de naissance) ; la retraite prend le relais, complétée si besoin par l’ASPA à 65 ans, ou dès l’âge légal en cas d’inaptitude reconnue.
La demande
Le dossier se dépose à la MDPH du département, en ligne ou par courrier : formulaire cerfa n° 15692 (le même pour l’AAH, la PCH, la RQTH et la carte mobilité inclusion), certificat médical cerfa n° 15695 de moins de douze mois rempli par le médecin traitant ou un spécialiste, pièce d’identité, justificatif de domicile. Le certificat est la pièce décisive : il doit décrire les limitations concrètes (marche, station debout, mémoire, concentration, relations avec les autres), pas seulement le diagnostic. Le « projet de vie », rubrique libre, permet d’expliquer les conséquences du handicap sur le travail et le quotidien.
La CDAPH a quatre mois pour se prononcer ; le silence vaut rejet. Elle notifie le taux, la voie retenue (80 % ou RSDAE) et la durée. La CAF calcule ensuite le montant et verse l’allocation à partir du premier jour du mois suivant le dépôt de la demande. Le renouvellement se demande six mois avant la fin des droits ; l’AAH continue d’être versée pendant l’instruction si la demande a été déposée avant l’échéance.
Contester le taux ou le refus
Toute décision de la CDAPH se conteste dans les deux mois par un recours administratif préalable obligatoire adressé à la MDPH, qui réexamine le dossier. En cas de nouveau refus ou de silence de deux mois, le pôle social du tribunal judiciaire est compétent pour l’AAH, comme pour la PCH et la carte mobilité inclusion. Le tribunal administratif ne juge que les décisions relatives à la reconnaissance de travailleur handicapé et à l’orientation professionnelle. La procédure est gratuite et le juge peut ordonner une expertise médicale. Un refus fondé sur l’absence de RSDAE se conteste utilement avec des pièces sur le parcours professionnel : attestations de France Travail, avis du médecin du travail, échecs de reprise.
Questions fréquentes
Un taux de 45 % peut-il ouvrir l’AAH ?
Non. En dessous de 50 %, aucune AAH n’est possible, quelle que soit la situation professionnelle. D’autres droits restent accessibles : reconnaissance de travailleur handicapé, carte mobilité inclusion mention priorité.
Le taux peut-il baisser au renouvellement ?
Oui, la CDAPH réévalue la situation à chaque renouvellement. Un taux de 80 % attribué sans limite de durée n’est en revanche pas réexaminé.
Faut-il une demande d’AAH distincte de la reconnaissance du handicap ?
Non, le formulaire cerfa 15692 permet de cocher l’AAH parmi les prestations demandées. Mais un taux de 80 % notifié pour une carte ou une RQTH ne déclenche pas l’AAH si elle n’a pas été demandée.
Peut-on travailler avec l’AAH obtenue au titre de la RSDAE ?
Oui, en ESAT sans limite, et en milieu ordinaire à moins d’un mi-temps. Au-delà, la RSDAE cesse d’être reconnue et l’AAH s’arrête au prochain réexamen.
La pension d’invalidité et l’AAH sont-elles cumulables ?
Oui, l’AAH complète la pension jusqu’à 1 041,59 € par mois si les autres conditions sont remplies. Les deux demandes sont indépendantes : la CPAM pour la pension, la MDPH pour l’AAH.
Combien de temps dure l’instruction ?
Quatre mois au plus en droit ; en pratique de trois à huit mois selon les départements. Un dossier complet, avec un certificat médical détaillé, évite les demandes de pièces qui allongent le délai.



