ALD 31 hors liste : tout comprendre sur les affections longue durée non listées en 2025

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Certaines maladies chroniques ne figurent pas dans la liste officielle des 30 affections de longue durée (ALD), mais peuvent pourtant nécessiter des soins coûteux et prolongés. L’ALD 31, également appelée « ALD hors liste », permet aux patients atteints de ces pathologies de bénéficier d’une prise en charge à 100% par l’Assurance Maladie.

Cette disposition méconnue concerne des milliers de patients français souffrant de maladies chroniques invalidantes mais non répertoriées dans la classification officielle. Selon le rapport de l’IGAS sur les affections de longue durée, cette dynamique de prise en charge hors liste connaît une évolution constante. Contrairement aux ALD 1 à 30 qui sont automatiquement reconnues, l’ALD 31 nécessite une évaluation médicale approfondie pour démontrer la gravité et le caractère évolutif de l’affection.

« Cette dynamique est portée par les ALD hors liste qui représentent une part croissante des bénéficiaires d’une couverture intégrale par l’assurance maladie » – Inspection générale des affaires sociales (IGAS)

L’enjeu financier reste considérable pour les familles concernées. Sans cette reconnaissance, les frais médicaux peuvent rapidement atteindre plusieurs centaines d’euros par mois selon la pathologie et les traitements prescrits.

Qu’est-ce que l’ALD 31 exactement ?

L’ALD 31 ou « affection longue durée hors liste » constitue une catégorie spéciale créée par l’Assurance Maladie pour couvrir les maladies chroniques graves qui ne correspondent à aucune des 30 ALD exonérantes officiellement listées. Cette classification existe depuis la réforme de 2004 qui a restructuré le système des affections de longue durée.

Le principe repose sur trois critères cumulatifs stricts : la maladie doit présenter un caractère grave, une évolution chronique (supérieure à 6 mois) et nécessiter des soins particulièrement coûteux. Ces conditions permettent d’éviter les demandes abusives tout en garantissant l’accès aux soins pour les pathologies réellement invalidantes.

Les pathologies concernées par l’ALD 31 sont très variées. On y retrouve certaines formes rares de cancers, des maladies auto-immunes spécifiques, des pathologies neurologiques dégénératives non listées, ou encore des complications graves de maladies communes. Par exemple, une fibromyalgie sévère avec complications multiples peut être reconnue en ALD 31, alors que cette maladie ne figure pas dans les ALD 1 à 30.

Exemple concret : Sophie, 42 ans, souffre d’une forme rare de lupus avec atteintes rénales et neurologiques. Bien que le lupus systémique figure dans l’ALD 21, sa forme particulière nécessite des traitements spécialisés non couverts par cette classification. Son médecin peut alors demander une ALD 31 pour assurer une prise en charge adaptée.

La durée d’attribution de l’ALD 31 varie selon l’évolution prévisible de la maladie. Elle peut être accordée pour une période déterminée (généralement 2 à 5 ans renouvelables) ou exceptionnellement à vie pour les pathologies dégénératives irréversibles. Cette flexibilité permet d’adapter la prise en charge à l’évolution réelle de chaque cas.

Les statistiques de l’Assurance Maladie montrent qu’environ 150 000 personnes bénéficient actuellement d’une ALD 31 en France, soit près de 1,5% de l’ensemble des patients en ALD. Ce chiffre relativement faible s’explique par la rigueur des critères d’attribution et la méconnaissance de ce dispositif par certains professionnels de santé.

Qui peut bénéficier de l’ALD 31

L’attribution de l’ALD 31 ne dépend pas de critères sociaux ou financiers, mais uniquement de critères médicaux stricts évalués par le médecin conseil de l’Assurance Maladie. Tous les assurés sociaux peuvent potentiellement en bénéficier, qu’ils relèvent du régime général, agricole ou des régimes spéciaux, y compris les résidents étrangers bénéficiant du système de santé français.

Le médecin traitant joue un rôle central dans l’initiation de la demande. Il doit identifier les patients dont la pathologie répond aux critères de gravité, chronicité et coût des soins. Cette évaluation préalable s’avère cruciale car elle conditionne la recevabilité du dossier par le service médical de l’Assurance Maladie.

Les pathologies éligibles couvrent un spectre très large. Les maladies rares représentent une part importante des ALD 31, notamment lorsqu’elles ne correspondent à aucune ALD listée. Certaines complications de maladies courantes peuvent également justifier cette classification : un diabète avec complications multiples non contrôlées, une hypertension artérielle maligne résistante aux traitements, ou encore des séquelles graves d’accident vasculaire cérébral.

Exemple : Marc, 58 ans, présente une neuropathie périphérique idiopathique sévère nécessitant des perfusions régulières d’immunoglobulines à 2 000€ par mois. Cette pathologie, bien que grave et coûteuse, ne figure dans aucune ALD listée. Son neurologue peut légitimement demander une ALD 31.

Les patients pédiatriques constituent une population particulièrement concernée par l’ALD 31. De nombreuses maladies génétiques rares ou malformations congénitales complexes nécessitent des soins prolongés sans correspondre aux classifications existantes. L’âge ne constitue jamais un critère d’exclusion, et les nouveau-nés peuvent bénéficier de cette prise en charge dès la naissance.

La situation géographique n’influence pas l’attribution de l’ALD 31, mais l’accès à des médecins spécialistes capables d’identifier et documenter ces pathologies peut varier selon les régions. Les centres hospitaliers universitaires et les centres de référence pour maladies rares jouent souvent un rôle déterminant dans l’établissement des dossiers.

Certaines situations particulières méritent attention. Les patients en situation de handicap peuvent cumuler ALD 31 et autres prestations (AAH, PCH) sans que cela constitue un obstacle. De même, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire conservent leurs droits à cette couverture complémentaire en plus de l’exonération du ticket modérateur liée à l’ALD 31.

Procédure de demande et évaluation médicale

La demande d’ALD 31 s’initie obligatoirement par le médecin traitant ou un spécialiste hospitalier. Le patient ne peut pas déposer directement une demande auprès de l’Assurance Maladie. Cette procédure garantit l’évaluation médicale préalable et évite les demandes non fondées. Selon les informations officielles de l’Assurance Maladie, le dispositif ALD permet une prise en charge spécifique des maladies chroniques nécessitant un traitement prolongé.

« Le dispositif ALD (affection de longue durée) s’applique quand on a une maladie avec un traitement prolongé et coûteux, avec une différenciation entre ALD exonérante et non exonérante » – Assurance Maladie

Le dossier médical constitue l’élément central de la demande. Il doit comprendre un protocole de soins détaillé (formulaire Cerfa n°11626*05) précisant le diagnostic, l’évolution prévisible, les traitements nécessaires et leur coût estimé. Le médecin doit également joindre tous les examens complémentaires, comptes-rendus d’hospitalisation et avis spécialisés étayant la demande.

La rédaction du protocole de soins nécessite une attention particulière. Le médecin doit démontrer que les trois critères (gravité, chronicité, coût) sont réunis et expliquer pourquoi la pathologie ne correspond à aucune ALD listée. Une argumentation insuffisante constitue la première cause de refus des demandes d’ALD 31.

Documents indispensables :

    • Protocole de soins complété et signé par le médecin
    • Comptes-rendus de consultations spécialisées
    • Résultats d’examens biologiques et d’imagerie
    • Comptes-rendus d’hospitalisation si pertinents
    • Justificatifs des coûts de traitement

L’instruction du dossier par le médecin conseil de l’Assurance Maladie suit une procédure rigoureuse. Ce professionnel évalue la conformité médicale de la demande aux critères réglementaires. Il peut demander des compléments d’information, convoquer le patient pour un examen, ou solliciter l’avis d’experts selon la complexité du cas.

Les délais d’instruction varient selon la complexité du dossier, mais la réglementation fixe un délai maximum de deux mois pour notifier la décision. En pratique, les dossiers bien documentés reçoivent souvent une réponse sous 3 à 4 semaines, tandis que les cas complexes peuvent nécessiter jusqu’à 6 semaines d’instruction.

La décision du médecin conseil peut être favorable, défavorable ou partiellement favorable. En cas d’accord, l’ALD 31 prend effet à la date de début des soins mentionnée dans le protocole, avec effet rétroactif possible dans certains cas. Un refus doit être motivé et peut faire l’objet d’un recours auprès de la commission de recours amiable de l’Assurance Maladie.

Le renouvellement de l’ALD 31 suit la même procédure que la demande initiale. Le médecin doit réévaluer l’évolution de la pathologie et justifier la poursuite de la prise en charge. Cette réévaluation périodique permet d’adapter la durée de prise en charge à l’évolution réelle de chaque cas.

Avantages et limites de la prise en charge

L’ALD 31 ouvre droit à l’exonération du ticket modérateur pour tous les soins en rapport avec l’affection reconnue. Cette prise en charge à 100% sur la base des tarifs de l’Assurance Maladie représente une économie substantielle pour les patients, particulièrement significative pour les traitements coûteux ou les consultations spécialisées fréquentes.

La notion de « soins en rapport » avec l’ALD 31 mérite clarification. Seuls les actes, consultations, examens et médicaments directement liés à la pathologie reconnue bénéficient de l’exonération. Les autres soins restent remboursés selon les taux habituels de l’Assurance Maladie. Cette distinction peut parfois créer des zones d’incertitude, notamment pour les pathologies aux manifestations multiples.

Exemple pratique : Julie bénéficie d’une ALD 31 pour une maladie auto-immune rare. Ses consultations de rhumatologie, analyses spécialisées et immunosuppresseurs sont pris en charge à 100%. En revanche, sa consultation dentaire annuelle reste remboursée à 70% car elle n’est pas en rapport direct avec son ALD.

Les dépassements d’honoraires constituent une limite importante de la prise en charge ALD. L’exonération du ticket modérateur ne s’applique qu’aux tarifs conventionnels de l’Assurance Maladie. Les patients restent redevables des dépassements pratiqués par les médecins de secteur 2, sauf s’ils bénéficient d’une complémentaire santé couvrant ces suppléments.

Le transport médical peut être pris en charge à 100% dans le cadre de l’ALD 31, sous certaines conditions. Les patients dont l’état nécessite des transports réguliers vers des centres spécialisés peuvent obtenir une prise en charge des frais de transport sur prescription médicale. Cette disposition s’avère particulièrement utile pour les pathologies rares nécessitant un suivi dans des centres éloignés.

La prise en charge des médicaments suit les règles habituelles de remboursement, avec exonération du ticket modérateur pour ceux prescrits dans le cadre de l’ALD. Les médicaments à service médical rendu (SMR) faible restent remboursés à 15%, même en ALD. Cette règle peut surprendre les patients qui s’attendaient à une prise en charge totale de tous leurs traitements.

L’hospitalisation en rapport avec l’ALD 31 bénéficie également de l’exonération du ticket modérateur. Le forfait journalier hospitalier reste cependant à la charge du patient, sauf prise en charge par une complémentaire santé ou dans le cadre de certaines situations sociales particulières.

Les arrêts de travail liés à l’ALD 31 ne bénéficient pas d’un régime spécifique. Les indemnités journalières suivent les règles de droit commun, avec les délais de carence habituels. Seule l’ALD 30 (affections comportant un traitement prolongé et une thérapeutique particulièrement coûteuse) permet une exonération du délai de carence pour les arrêts liés à l’affection.

Questions fréquentes sur l’ALD 31

Combien de temps faut-il pour obtenir une réponse à ma demande d’ALD 31 ?
Le délai réglementaire maximum est de 2 mois, mais la plupart des dossiers complets reçoivent une réponse sous 3 à 6 semaines. Un dossier incomplet ou complexe peut prolonger ce délai.

Puis-je faire appel si ma demande d’ALD 31 est refusée ?
Oui, vous disposez de 2 mois après notification du refus pour saisir la commission de recours amiable de votre CPAM. Ce recours est gratuit et peut aboutir à une révision de la décision.

L’ALD 31 est-elle compatible avec d’autres prestations sociales ?
Absolument. Vous pouvez cumuler ALD 31 avec AAH, PCH, CSS ou toute autre prestation sociale. Ces dispositifs sont complémentaires et non exclusifs.

Mon médecin peut-il refuser de faire une demande d’ALD 31 ?
Le médecin évalue la pertinence médicale de la demande selon sa conscience professionnelle. Si vous estimez remplir les critères, vous pouvez solliciter un second avis médical ou consulter un spécialiste.

Que se passe-t-il si ma pathologie guérit ou s’améliore significativement ?
L’ALD 31 peut être révisée ou supprimée lors des réévaluations périodiques si l’évolution médicale le justifie. Cette révision protège l’équilibre du système tout en s’adaptant à votre situation réelle.

Les soins à l’étranger sont-ils couverts par mon ALD 31 ?
La prise en charge des soins à l’étranger suit les règles européennes de coordination des systèmes de sécurité sociale. L’ALD 31 peut faciliter certaines prises en charge, mais une autorisation préalable reste souvent nécessaire.

L’ALD 31 représente un dispositif essentiel mais méconnu du système de santé français. Elle permet aux patients atteints de pathologies graves non listées d’accéder aux soins sans contrainte financière excessive. Pour mieux comprendre l’ensemble du dispositif des affections de longue durée et leur prise en charge, il est important de connaître les différentes modalités d’exonération du ticket modérateur. La qualité du dossier médical et l’accompagnement par des professionnels expérimentés constituent les clés du succès de ces demandes.

Pour les patients concernés, n’hésitez pas à aborder cette possibilité avec votre médecin traitant. Les centres de référence pour maladies rares et les associations de patients constituent également des ressources précieuses pour vous accompagner dans ces démarches complexes mais essentielles à votre prise en charge optimale.

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A propos de l'auteur,
Rivo Raphaël Chreçant

Sociologue et journaliste web, passionné des mots. J’explore les faits, les tendances et les comportements qui façonnent notre époque.