Arrêt d’activité pour raisons de santé : guide complet des démarches en 2025

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Un problème de santé peut brutalement interrompre votre activité professionnelle. Entre arrêt maladie, invalidité et reconversion, les démarches administratives s’accumulent rapidement. Selon les données de l’INSEE sur l’emploi et les revenus du travail, chaque année, plus de 200 000 salariés français sont contraints d’arrêter définitivement leur travail pour des raisons médicales.

« Les interruptions d’activité pour motifs de santé concernent particulièrement les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur marchand non agricole, représentant un enjeu majeur de santé publique » – Institut National de la Statistique et des Études Économiques

Que vous soyez salarié, indépendant ou fonctionnaire, l’arrêt d’activité pour motif de santé déclenche une cascade de procédures : déclaration à la CPAM, évaluation de votre incapacité, recherche de nouvelles sources de revenus. Les délais sont stricts et les erreurs coûteuses.

Ce guide détaille les étapes essentielles pour sécuriser vos droits et vos revenus lors d’un arrêt d’activité lié à la santé. Vous découvrirez comment naviguer entre les différents dispositifs : indemnités journalières, pension d’invalidité, allocation adulte handicapé (AAH) et reconversion professionnelle.

Contexte et rappel des dispositifs d’arrêt pour raisons de santé

L’arrêt d’activité pour raisons de santé recouvre plusieurs situations distinctes, chacune avec ses règles spécifiques. La différence principale réside dans la durée prévisible de l’interruption de travail.

L’arrêt maladie temporaire concerne les affections de courte ou moyenne durée. Il peut durer jusqu’à 3 ans maximum (1 095 jours) sur une période de 3 années consécutives. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale compensent partiellement la perte de salaire : 50% du salaire journalier de base après 3 jours de carence, puis 66,66% à partir du 31e jour d’arrêt.

« Le versement des indemnités journalières nécessite le respect strict des délais de transmission des arrêts de travail, sous peine de réduction des montants versés » – Caisse Primaire d’Assurance Maladie

L’invalidité s’applique quand votre capacité de travail est réduite d’au moins 2/3 suite à un accident ou une maladie non professionnelle. Trois catégories existent : invalidité partielle (catégorie 1), invalidité totale (catégorie 2) et invalidité avec assistance d’une tierce personne (catégorie 3). La pension mensuelle varie de 30% à 50% du salaire annuel moyen selon la catégorie.

L’inaptitude professionnelle survient quand votre état de santé vous empêche d’exercer votre emploi actuel. Elle nécessite un reclassement professionnel ou, à défaut, un licenciement pour inaptitude avec indemnités spécifiques.

La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) et l’AAH constituent des dispositifs complémentaires. L’AAH 2025 s’élève à 971,37€ mensuels maximum pour les personnes avec un taux d’incapacité d’au moins 80%, ou entre 50% et 79% avec restriction substantielle d’accès à l’emploi.

Exemple : Pierre, 52 ans, développe une hernie discale invalidante. Son médecin estime qu’il ne pourra plus exercer son métier de maçon. Selon l’évolution, Pierre relèvera soit d’un arrêt maladie prolongé, soit d’une reconnaissance d’invalidité, soit d’une inaptitude nécessitant un reclassement.

Étape 1 – Déclarer l’arrêt et sécuriser vos droits immédiats

La première urgence consiste à officialiser votre arrêt de travail auprès de tous les organismes concernés. Cette étape conditionne le versement de vos indemnités et la préservation de vos droits sociaux.

Transmission de l’arrêt de travail

Votre médecin traitant ou spécialiste établit un certificat médical d’arrêt de travail en 3 volets. Vous devez transmettre les volets 1 et 2 à votre CPAM sous 48 heures, par courrier recommandé ou dépôt direct. Le volet 3 revient à votre employeur dans le même délai. Cette règle des 48 heures est impérative : tout retard peut entraîner une réduction de vos indemnités journalières.

Pour les travailleurs indépendants, la procédure diffère légèrement. Vous transmettez l’arrêt à votre caisse d’assurance maladie (CPAM ou MSA selon votre activité) accompagné d’une déclaration d’interruption d’activité. Les indemnités journalières ne débutent qu’après 3 jours de carence et sous réserve d’avoir cotisé au moins 12 mois.

Information de l’employeur

Prévenez immédiatement votre employeur par téléphone, puis confirmez par écrit. Respectez les délais prévus par votre convention collective, généralement 48 heures. Certains secteurs imposent des contraintes spécifiques : dans la fonction publique, l’arrêt doit être déclaré dès le premier jour.

Transmettez le volet 3 de l’arrêt de travail à votre service RH ou directement à votre supérieur hiérarchique. Conservez une copie et un accusé de réception. Cette transmission conditionne le versement du complément de salaire prévu par votre convention collective.

Documents à rassembler immédiatement

Constituez rapidement un dossier complet pour éviter les retards de traitement :

  • Tous vos certificats médicaux et arrêts de travail
  • Bulletins de salaire des 12 derniers mois
  • Attestation de salaire établie par votre employeur
  • Relevé d’identité bancaire récent
  • Carte Vitale et attestation de droits à jour

Pour les indépendants, ajoutez vos déclarations de revenus des 3 dernières années et l’attestation de paiement de vos cotisations sociales.

Contre-visite médicale

Votre employeur peut demander une contre-visite médicale, généralement dans les 48 heures suivant la réception de l’arrêt. Ce contrôle vérifie la réalité de votre incapacité de travail. Vous devez vous soumettre à cet examen sous peine de sanctions.

La CPAM peut également organiser un contrôle médical. Le médecin-conseil peut confirmer, modifier ou interrompre votre arrêt de travail. En cas de désaccord, vous disposez d’un recours devant le tribunal des affaires de sécurité sociale.

Étape 2 – Évaluer votre situation et identifier les dispositifs applicables

Une fois l’arrêt déclaré, vous devez déterminer quels dispositifs correspondent à votre situation médicale et professionnelle. Cette évaluation oriente vos démarches futures et optimise vos droits.

Évaluation médicale approfondie

Consultez rapidement un spécialiste de votre pathologie pour établir un diagnostic précis et un pronostic. Cette expertise médicale servira de base à toutes vos démarches administratives. Demandez un rapport médical détaillé mentionnant :

  • Le diagnostic exact et les examens réalisés
  • L’évolution prévisible de votre état
  • Les limitations fonctionnelles actuelles et futures
  • La compatibilité avec votre poste de travail actuel

Si votre pathologie résulte d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle, signalez-le immédiatement à votre CPAM. Les indemnités sont alors plus favorables : 60% du salaire journalier jusqu’au 28e jour, puis 80% au-delà, sans délai de carence.

Analyse de votre situation professionnelle

Étudiez attentivement votre contrat de travail, votre convention collective et votre mutuelle d’entreprise. Ces documents précisent vos droits pendant l’arrêt maladie : maintien de salaire, durée de garantie, conditions de retour.

Calculez vos droits aux indemnités journalières selon votre situation :

  • Salariés : 50% puis 66,66% du salaire journalier de base (plafonné à 47,43€ en 2025)
  • Indépendants : montant forfaitaire de 23,72€ par jour maximum après 7 jours de carence
  • Fonctionnaires : maintien intégral du traitement pendant 3 mois, puis demi-traitement

Identification des dispositifs complémentaires

Selon votre situation, plusieurs dispositifs peuvent se cumuler ou se succéder. L’invalidité concerne les personnes dont la capacité de travail est réduite d’au moins 2/3. La pension varie de 304,20€ à 1 520,86€ mensuels en 2025 selon la catégorie et les revenus antérieurs.

L’AAH s’adresse aux personnes avec un taux d’incapacité d’au moins 50%. Elle complète ou remplace les autres revenus jusqu’à 971,37€ mensuels. Les conditions de ressources s’appliquent : 11 656,44€ annuels pour une personne seule en 2025.

La RQTH facilite votre maintien ou retour à l’emploi. Elle ouvre droit à des aménagements de poste, des formations spécialisées et des aides à l’embauche pour les employeurs.

Planification des démarches

Établissez un calendrier précis de vos démarches. Certaines ont des délais impératifs :

  • Demande d’invalidité : dans les 12 mois suivant la consolidation
  • Demande d’AAH : sans délai mais instruction longue (4 mois minimum)
  • Demande de RQTH : à tout moment, validité 1 à 5 ans

Exemple : Sophie, 45 ans, souffre d’une dépression sévère après un burn-out. Son psychiatre estime qu’elle ne pourra pas reprendre son poste de cadre commercial avant 18 mois. Sophie doit d’abord sécuriser ses indemnités journalières, puis envisager une demande d’invalidité catégorie 1 et une RQTH pour faciliter sa réinsertion professionnelle.

Étape 3 – Constituer et déposer vos demandes d’aides

Cette étape cruciale détermine vos revenus futurs. Chaque dispositif a ses propres formulaires, justificatifs et circuits de traitement. Une préparation rigoureuse évite les refus pour dossiers incomplets.

Demande de pension d’invalidité

La demande d’invalidité s’effectue via le formulaire S4150 disponible sur ameli.fr ou auprès de votre CPAM. Joignez impérativement :

  • Le certificat médical détaillé de votre médecin traitant
  • Tous les comptes-rendus d’examens et d’hospitalisation
  • L’avis d’arrêt de travail en cours
  • Vos bulletins de salaire des 12 derniers mois
  • Une description précise de votre emploi et de vos difficultés

Le médecin-conseil de la CPAM évalue votre dossier et peut vous convoquer pour un examen. Il détermine votre catégorie d’invalidité et le montant de votre pension. La décision intervient généralement sous 2 à 4 mois.

En cas de refus, vous disposez de 2 mois pour contester devant la commission de recours amiable de votre CPAM, puis devant le tribunal judiciaire.

Demande d’AAH et de RQTH

Ces demandes se font auprès de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) via le formulaire unique Cerfa 15692. La constitution du dossier demande plusieurs pièces :

  • Certificat médical Cerfa 15695 rempli par votre médecin
  • Pièce d’identité et justificatif de domicile récents
  • Avis d’imposition ou de non-imposition de l’année précédente
  • Relevé d’identité bancaire
  • Justificatifs de vos ressources et celles de votre conjoint

Ajoutez tous les documents médicaux pertinents : comptes-rendus d’hospitalisation, bilans spécialisés, ordonnances. Plus votre dossier médical est complet, plus l’évaluation sera précise.

La Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) examine votre dossier et détermine votre taux d’incapacité. Les délais d’instruction varient de 4 à 8 mois selon les départements.

Démarches auprès de Pôle emploi

Si votre arrêt débouche sur une rupture du contrat de travail, inscrivez-vous rapidement à Pôle emploi. L’inscription doit intervenir dans les 12 mois suivant la fin de votre contrat pour préserver vos droits à l’allocation chômage.

Votre situation médicale peut justifier des aménagements de votre recherche d’emploi. Signalez votre RQTH à votre conseiller pour bénéficier d’un accompagnement spécialisé et d’offres d’emploi adaptées.

Suivi et relances

Tenez un tableau de bord de vos demandes avec les dates de dépôt, les accusés de réception et les délais prévisionnels de réponse. Relancez systématiquement en cas de dépassement des délais annoncés.

Conservez tous vos courriers et accusés de réception. En cas de litige, ces pièces constituent vos preuves. Utilisez de préférence les courriers recommandés avec accusé de réception pour les documents importants.

Gestion des revenus de transition

Pendant l’instruction de vos demandes, vos indemnités journalières constituent votre seule ressource. Vérifiez régulièrement leur versement sur votre compte bancaire. Tout retard ou anomalie doit être signalé immédiatement à votre CPAM.

Si vos indemnités s’avèrent insuffisantes, vous pouvez solliciter des aides d’urgence auprès de votre CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) ou de votre CAF. Ces aides ponctuelles complètent vos ressources en attendant la régularisation de votre situation.

Questions fréquentes sur l’arrêt d’activité pour raisons de santé

Puis-je cumuler pension d’invalidité et activité professionnelle ?
Oui, sous conditions. Pour l’invalidité catégorie 1, vous pouvez reprendre une activité. Vos revenus d’activité + pension ne doivent pas dépasser votre ancien salaire. Pour la catégorie 2, le cumul est possible mais plafonné à 791,24€ mensuels en 2025.

Que se passe-t-il si mon employeur refuse mon reclassement ?
L’employeur a l’obligation de rechercher un reclassement adapté à votre état de santé. En cas d’impossibilité ou de refus de votre part, il peut procéder à un licenciement pour inaptitude. Vous percevez alors une indemnité spéciale égale au double de l’indemnité légale de licenciement.

L’AAH est-elle compatible avec une pension d’invalidité ?
L’AAH complète votre pension d’invalidité si celle-ci est inférieure à 971,37€ mensuels. Le montant de l’AAH correspond à la différence entre ce plafond et vos autres ressources, dans la limite des plafonds de revenus applicables.

Combien de temps puis-je rester en arrêt maladie ?
La durée maximale est de 3 ans (1 095 jours) sur une période de 3 années consécutives. Au-delà, votre CPAM examine votre situation pour une éventuelle mise en invalidité ou un retour à l’emploi.

Selon les données de la DREES sur la démographie des professionnels de santé, les arrêts prolongés touchent particulièrement certains secteurs d’activité exposés à des contraintes physiques importantes.

« Les salariés en France font face à des défis croissants en matière de maintien dans l’emploi, particulièrement dans les secteurs à forte pénibilité physique » – Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques

Puis-je partir en vacances pendant mon arrêt maladie ?
Oui, avec l’autorisation préalable de votre médecin traitant et de votre CPAM. Les déplacements doivent être compatibles avec votre état de santé et ne pas nuire à votre guérison. Informez votre CPAM de vos dates et destination.

Mon employeur peut-il me licencier pendant mon arrêt maladie ?
Le licenciement pour motif médical est interdit sauf inaptitude constatée par le médecin du travail ou faute grave non liée à l’état de santé. Votre employeur peut engager une procédure de licenciement économique si votre absence perturbe gravement l’entreprise.

D’après le rapport sur l’égalité femmes-hommes, les interruptions d’activité pour raisons de santé présentent des disparités selon le genre, notamment dans l’accès aux dispositifs de compensation.

« Les personnes de 18-74 ans en France métropolitaine font face à des inégalités persistantes dans l’accès aux droits sociaux, particulièrement en cas d’arrêt d’activité pour motifs de santé » – Ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes

Quels recours en cas de refus de mes demandes ?
Pour l’invalidité : recours amiable sous 2 mois auprès de votre CPAM, puis recours contentieux devant le tribunal judiciaire. Pour l’AAH : recours gracieux auprès de la MDPH sous 2 mois, puis recours contentieux devant le tribunal administratif.

Comment calculer le montant de ma future pension d’invalidité ?
Catégorie 1 : 30% de votre salaire annuel moyen des 10 meilleures années. Catégorie 2 : 50% de ce même salaire. Le montant minimal est de 304,20€ mensuels en 2025, le maximum de 1 520,86€ pour la catégorie 2.

Votre arrêt d’activité pour raisons de santé déclenche des démarches complexes mais essentielles pour préserver vos droits et vos revenus. La rapidité et la précision de vos déclarations conditionnent le succès de vos demandes. N’hésitez pas à solliciter l’aide des services sociaux de votre entreprise, de votre CPAM ou de votre MDPH pour vous accompagner dans ces démarches. Chaque situation étant unique, un suivi personnalisé optimise vos chances d’obtenir les aides auxquelles vous avez droit. Consultez régulièrement ameli.fr et service-public.fr pour les dernières évolutions réglementaires et les nouveaux dispositifs d’accompagnement.

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A propos de l'auteur,
Rivo Raphaël Chreçant

Sociologue et journaliste web, passionné des mots. J’explore les faits, les tendances et les comportements qui façonnent notre époque.