L’AEEH (Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé) représente un soutien financier crucial pour les familles qui élèvent un enfant en situation de handicap. Cette aide mensuelle, versée par la Caisse d’Allocations Familiales (CAF), reconnaît les frais supplémentaires et les contraintes particulières liées au handicap d’un enfant de moins de 20 ans.
En 2025, l’AEEH concerne environ 280 000 enfants en France. Son montant de base s’élève à 142,70€ par mois, mais peut atteindre 1 436,32€ selon la gravité du handicap et les besoins spécifiques de l’enfant. Cette allocation se cumule avec d’autres prestations familiales et n’est pas soumise à conditions de ressources.
Contrairement aux idées reçues, l’AEEH ne se limite pas aux handicaps visibles ou aux situations les plus lourdes. Elle couvre aussi les troubles du spectre autistique, les déficiences intellectuelles légères, les maladies chroniques invalidantes ou encore certains troubles du comportement. La démarche d’attribution passe obligatoirement par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), qui évalue le taux d’incapacité et les besoins de compensation.
Contexte et conditions d’éligibilité de l’AEEH
L’AEEH s’adresse aux familles dont l’enfant présente un taux d’incapacité d’au moins 50%, ou compris entre 50% et 80% avec des conditions particulières. Cette évaluation relève exclusivement de la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) au sein de la MDPH.
Les critères d’attribution reposent sur plusieurs conditions cumulatives. L’enfant doit être âgé de moins de 20 ans et résider en France de manière stable et régulière. Le demandeur doit être le parent ou la personne qui assume la charge effective et permanente de l’enfant. Aucune condition de ressources n’est exigée, ce qui distingue l’AEEH de nombreuses autres prestations sociales comme le revenu de solidarité active.
Le taux d’incapacité constitue le critère central d’évaluation. Un taux d’au moins 80% ouvre automatiquement droit à l’AEEH. Pour un taux compris entre 50% et 80%, l’enfant doit fréquenter un établissement d’enseignement adapté ou bénéficier de soins dans un établissement spécialisé. Cette nuance importante concerne de nombreuses situations : troubles de l’apprentissage nécessitant un accompagnement en ULIS, déficiences sensorielles compensées par des aides techniques, ou pathologies chroniques requérant un suivi médical régulier.
Selon les données officielles de Mon Parcours Handicap, l’AEEH se décline en allocation de base et compléments. L’allocation de base (142,70€ en 2025) correspond au niveau minimal d’aide. Six compléments existent, de 106,03€ à 1 293,62€ mensuels, selon l’intensité des besoins et l’impact du handicap sur la vie familiale. Ces compléments prennent en compte les frais supplémentaires engagés, la réduction ou cessation d’activité professionnelle d’un parent, et le recours à une tierce personne rémunérée.
« L’allocation vous est versée tous les mois, par la Caisse d’allocations familiales (Caf) ou par la MSA si vous remplissez toutes les conditions d’attribution » – Mon Parcours Handicap
Étape 1 – Constituer et déposer le dossier MDPH
La demande d’AEEH s’effectue exclusivement auprès de la MDPH du département de résidence. Le dossier doit être complet pour éviter les retards de traitement, fréquents dans ces organismes souvent saturés.
Le formulaire Cerfa n°1569201 constitue la pièce maîtresse de votre dossier. Ce document de plusieurs pages détaille la situation de l’enfant, ses difficultés au quotidien, et les aides déjà mises en place. Remplissez-le avec précision, en décrivant concrètement les limitations d’activité de votre enfant plutôt que de vous limiter au diagnostic médical. Exemple : au lieu d’écrire « autisme », précisez « difficultés de communication nécessitant un accompagnement constant, troubles du comportement en collectivité, hypersensibilité sensorielle ».
Le certificat médical Cerfa n°1569501 doit être complété par le médecin qui connaît le mieux l’enfant : pédiatre, médecin traitant, ou spécialiste hospitalier. Ce document médical détaille les déficiences, leurs conséquences fonctionnelles et l’évolution prévisible. Veillez à ce que le praticien renseigne toutes les rubriques, y compris celles concernant l’autonomie et les capacités relationnelles.
Les pièces justificatives comprennent obligatoirement une photocopie de la carte d’identité ou du livret de famille, un justificatif de domicile récent, et une photo d’identité récente de l’enfant. Ajoutez tous les documents médicaux pertinents : comptes-rendus d’hospitalisation, bilans orthophoniques ou psychomoteurs, courriers de spécialistes. Ces éléments renforcent votre dossier et aident l’équipe pluridisciplinaire à mieux cerner les besoins.
Le projet de vie, partie souvent négligée du dossier, vous permet d’exprimer vos attentes et difficultés quotidiennes. Décrivez une journée type avec votre enfant, les aménagements nécessaires, vos inquiétudes pour l’avenir. Cette dimension humaine complète l’approche purement médicale et administrative.
Déposez votre dossier complet à la MDPH par courrier recommandé avec accusé de réception, ou directement à l’accueil. Certaines MDPH acceptent les dépôts dématérialisés via leur site internet. Conservez soigneusement l’accusé de réception qui fait foi de la date de dépôt et conditionne le point de départ de vos droits.
Étape 2 – Suivi de l’instruction et évaluation
Après réception de votre dossier, la MDPH dispose légalement de quatre mois pour instruire votre demande. Dans les faits, les délais s’étendent souvent entre six et douze mois selon les départements et la complexité du dossier.
L’équipe pluridisciplinaire d’évaluation (EPE) analyse votre demande en s’appuyant sur le guide-barème pour l’évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées. Cette équipe réunit médecins, psychologues, travailleurs sociaux, et professionnels de la rééducation. Elle peut solliciter des informations complémentaires auprès de votre médecin ou demander un examen de votre enfant par un médecin de la MDPH.
Certaines situations nécessitent une expertise approfondie. L’équipe peut alors convoquer l’enfant et sa famille pour un entretien ou un examen médical complémentaire. Cette démarche, parfois perçue comme intrusive, vise à mieux appréhender les besoins réels et à adapter les réponses proposées.
Le plan personnalisé de compensation (PPC) découle de cette évaluation. Il recense les besoins de l’enfant et propose les réponses adaptées : AEEH et son éventuel complément, orientation scolaire, accompagnement par un service spécialisé, attribution d’aides techniques. Ce document constitue la base des décisions de la CDAPH.
Pendant l’instruction, vous pouvez contacter la MDPH pour connaître l’avancement de votre dossier. Un référent de parcours peut vous être attribué pour faciliter les échanges et coordonner les différentes démarches. N’hésitez pas à signaler tout changement significatif dans l’état de santé de votre enfant ou sa situation familiale.
La Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) examine votre dossier sur la base du PPC. Cette commission, présidée par un représentant du département, réunit élus, représentants d’associations, professionnels de santé et de l’éducation. Elle prend les décisions d’attribution de l’AEEH, détermine le taux d’incapacité et la durée d’attribution des droits.
Étape 3 – Notification et mise en paiement
La notification de décision vous parvient par courrier dans les semaines suivant la commission. Ce document officiel précise les droits accordés : taux d’incapacité reconnu, montant de l’AEEH (base et éventuel complément), durée d’attribution, et date d’effet. Lisez attentivement cette notification qui conditionne vos droits et recours éventuels.
En cas d’accord, la MDPH transmet automatiquement votre dossier à la CAF ou à la MSA selon votre régime d’affiliation. Cette transmission s’effectue par voie dématérialisée et ne nécessite aucune démarche de votre part. Vous recevez ensuite une notification de la CAF confirmant l’ouverture de vos droits et précisant les modalités de versement.
Le premier versement intervient généralement dans le mois suivant la transmission du dossier par la MDPH. L’AEEH est versée mensuellement, à terme échu, sur votre compte bancaire habituel. Les droits prennent effet au premier jour du mois civil suivant le dépôt de votre demande complète à la MDPH, ce qui explique l’importance de constituer rapidement un dossier complet.
Un décalage temporel existe souvent entre la décision MDPH et le premier versement CAF. Ce délai technique peut créer des difficultés financières, surtout si vous avez engagé des frais en anticipation de l’allocation. La CAF verse rétroactivement les mensualités dues depuis la date d’effet des droits.
Si la décision vous semble insuffisante ou inadaptée, vous disposez de deux mois à compter de la notification pour contester. Le recours administratif préalable auprès de la MDPH constitue la première étape obligatoire. Exposez précisément les motifs de votre désaccord en joignant tout élément nouveau susceptible de modifier l’évaluation. En cas de rejet de ce recours, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire dans un délai de deux mois.
L’AEEH est attribuée pour une durée déterminée, généralement comprise entre un et cinq ans selon l’évolution prévisible du handicap. Un renouvellement s’impose avant l’échéance pour maintenir vos droits. La MDPH vous adresse un courrier de rappel quelques mois avant l’expiration, mais la responsabilité du renouvellement vous incombe.
Questions fréquentes sur l’AEEH
L’AEEH est-elle cumulable avec d’autres prestations ?
L’AEEH se cumule avec les prestations familiales classiques (allocations familiales, complément familial) mais pas avec l’AJPP (Allocation Journalière de Présence Parentale). Vous devez choisir entre ces deux dispositifs selon votre situation.
Que se passe-t-il en cas de séparation des parents ?
L’AEEH est versée au parent chez qui l’enfant réside habituellement. En cas de garde alternée, les parents doivent désigner d’un commun accord le bénéficiaire de l’allocation ou saisir le juge aux affaires familiales.
L’AEEH est-elle imposable ?
Non, l’AEEH et ses compléments sont totalement exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Elle n’entre pas dans le calcul des ressources pour l’attribution d’autres prestations sociales.
Peut-on travailler en percevant l’AEEH ?
Aucune restriction d’activité professionnelle n’est liée à l’AEEH de base. Les compléments peuvent en revanche être conditionnés par une réduction ou cessation d’activité d’un des parents pour s’occuper de l’enfant handicapé.
Comment est calculé le complément d’AEEH ?
Selon les informations officielles sur le complément AEEH, six catégories de compléments existent, déterminées selon trois critères : les dépenses liées au handicap, la réduction d’activité professionnelle des parents, et le recours à une tierce personne rémunérée. Plus ces éléments sont importants, plus le complément est élevé.
Que faire si l’état de l’enfant s’aggrave ?
Vous pouvez déposer une nouvelle demande à tout moment en cas d’aggravation significative. Cette demande de révision peut conduire à une réévaluation du taux d’incapacité et à une revalorisation de l’AEEH. Pour les enfants présentant des maladies chroniques évolutives, cette possibilité de révision s’avère particulièrement importante.
L’AEEH constitue un droit fondamental pour les familles d’enfants handicapés. Sa complexité administrative ne doit pas décourager les démarches, car cette allocation apporte un soutien financier précieux et reconnaît officiellement les difficultés rencontrées. Les MDPH, malgré leurs délais parfois longs, restent vos interlocuteurs privilégiés pour obtenir cette aide. N’hésitez pas à vous faire accompagner par les associations spécialisées dans le handicap de votre enfant, qui connaissent parfaitement ces procédures et peuvent vous conseiller efficacement.