L’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) représente un soutien financier essentiel pour plus de 1,2 million de personnes en situation de handicap en France. Selon des données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), cette allocation constitue l’une des prestations les plus importantes du système de solidarité français. Cependant, la mise en couple soulève de nombreuses interrogations : vos droits seront-ils maintenus ? Le montant de votre allocation va-t-il diminuer ? Quelles démarches devez-vous effectuer auprès de la CAF ou de la MSA ?
La situation conjugale influence directement le calcul de l’AAH depuis sa création. Contrairement aux idées reçues, vivre en couple ne fait pas automatiquement perdre ses droits à l’allocation. Les règles dépendent de votre statut (marié, pacsé, en concubinage) et des revenus de votre partenaire. En 2025, le montant maximum de l’AAH atteint 971,37 euros par mois pour une personne seule.
Cette évolution de votre situation personnelle nécessite une déclaration obligatoire et peut modifier substantiellement le montant perçu. Comprendre ces mécanismes vous permet d’anticiper les changements et d’éviter les erreurs de déclaration qui pourraient conduire à des indus ou des interruptions de versement.
AAH et couple : les règles de base en 2025
L’AAH fonctionne selon le principe de solidarité familiale. Vos ressources personnelles sont prises en compte, mais également celles de votre conjoint, partenaire de PACS ou concubin. Cette règle s’applique dès que vous vivez maritalement, indépendamment de votre statut juridique.
Le calcul s’effectue sur la base des revenus du couple de l’année N-2. En 2025, ce sont donc les revenus de 2023 qui déterminent le montant de votre AAH. Si vous vous mettez en couple en cours d’année, la CAF ou la MSA procède à une évaluation forfaitaire des ressources présumées du foyer.
« L’allocation aux adultes handicapés garantit un revenu minimum aux personnes handicapées, avec des modalités de calcul qui prennent en compte la situation familiale et les ressources du foyer » – Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques
Les plafonds de ressources varient selon votre situation conjugale. Pour une personne seule, le plafond annuel s’élève à 11 656,44 euros en 2025. Pour un couple, ce montant passe à 21 098,04 euros, soit un peu moins du double. Cette différence s’explique par la mutualisation présumée des charges du foyer.
Votre partenaire peut exercer une activité professionnelle sans que cela supprime automatiquement vos droits. Cependant, ses revenus entrent intégralement dans le calcul, contrairement à vos propres revenus d’activité qui bénéficient d’abattements spécifiques si vous travaillez en milieu ordinaire ou adapté.
La notion de couple au sens de l’AAH englobe toutes les formes d’union : mariage, PACS, concubinage notoire. Les organismes payeurs vérifient régulièrement la réalité de la vie commune par différents moyens : déclarations fiscales communes, attestations d’assurance, domiciliation identique, témoignages de l’entourage.
Qui est concerné par ces règles
Tous les bénéficiaires de l’AAH sont concernés par l’impact de la vie en couple, quel que soit leur âge ou leur taux d’incapacité. Cette règle s’applique dès 20 ans et jusqu’à l’âge légal de départ à la retraite, moment où l’AAH est remplacée par l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA).
Les personnes avec un taux d’incapacité de 80% ou plus subissent généralement l’impact le plus significatif. Leur AAH était souvent versée à taux plein avant la mise en couple, et l’ajout des revenus du partenaire peut réduire considérablement le montant perçu, voire suspendre l’allocation.
Les bénéficiaires avec un taux d’incapacité compris entre 50% et 79% font face à une double contrainte. Non seulement les revenus du couple sont pris en compte, mais ils doivent également justifier d’une restriction substantielle et durable d’accès à l’emploi (RSDAE) pour maintenir leurs droits.
Les situations de rupture concernent également de nombreux allocataires. Séparation, divorce, ou décès du conjoint modifient immédiatement les conditions de calcul. Dans ces cas, vous retrouvez le barème « personne seule » et devez rapidement signaler ce changement pour éviter un sous-versement de votre allocation.
Les jeunes adultes en situation de handicap vivant encore chez leurs parents puis s’installant en couple connaissent une transition particulière. Ils passent du régime « à charge des parents » (avec prise en compte des revenus familiaux) au régime « en couple » avec de nouveaux plafonds de ressources.
Cas pratiques et exemples concrets
Exemple 1 : Sophie, 35 ans, perçoit l’AAH à taux plein (971,37 euros) avec un taux d’incapacité de 80%. Elle se marie avec Thomas qui gagne 1 800 euros nets par mois, soit environ 21 600 euros bruts annuels. Leurs revenus dépassent le plafond couple de 21 098,04 euros. L’AAH de Sophie sera suspendue intégralement.
Exemple 2 : Marc, 28 ans, touche 650 euros d’AAH mensuelle. Il se pacse avec Julie qui perçoit le SMIC (environ 15 000 euros annuels). Leurs revenus combinés (7 800 + 15 000 = 22 800 euros) dépassent légèrement le plafond. Son AAH sera réduite à environ 150 euros par mois selon la formule de calcul progressive.
Exemple 3 : Pauline bénéficie de l’AAH différentielle (400 euros) car elle travaille en ESAT. Elle emménage avec son compagnon au chômage qui perçoit 1 200 euros d’allocations mensuelles. Le cumul reste sous le plafond couple, son AAH sera maintenue et potentiellement réévaluée à la hausse.
Exemple 4 : Jean, veuf, retrouve l’AAH à taux plein après le décès de sa conjointe dont les revenus suspendaient son allocation. Il doit signaler ce changement dans les meilleurs délais pour percevoir le rappel des sommes non versées, dans la limite de deux ans.
La règle de calcul applique la formule : AAH = montant maximum – (ressources annuelles du couple – plafond applicable) ÷ 12. Cette formule explique pourquoi certaines personnes conservent une AAH réduite même si les revenus du couple dépassent légèrement le plafond.
Les revenus pris en compte incluent les salaires, pensions, allocations chômage, revenus fonciers, mais excluent certaines prestations comme les allocations familiales, l’aide au logement, ou la prime d’activité. Cette distinction impacte significativement le calcul final.
Points d’attention et erreurs à éviter
La déclaration tardive d’un changement de situation constitue l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Vous disposez d’un délai de 30 jours après la mise en couple pour informer votre organisme payeur. Un retard peut générer un indu important, réclamé sur plusieurs années.
Attention aux périodes de transition : si vous vous mettez en couple en cours d’année, la CAF applique une évaluation forfaitaire qui peut temporairement surévaluer vos ressources. Cette situation se régularise l’année suivante lors de la déclaration de revenus réels, mais peut créer des difficultés financières immédiates.
Les couples non mariés sous-estiment souvent l’impact du concubinage. La notion de « vie maritale » s’apprécie de façon large : domicile commun, comptes joints, enfant commun, déclarations de témoins suffisent à caractériser la vie en couple aux yeux des organismes sociaux.
La séparation temporaire ne modifie pas automatiquement vos droits. Une hospitalisation longue, un hébergement temporaire en établissement, ou une séparation de fait sans déménagement officiel maintiennent généralement le statut « en couple » tant que la rupture définitive n’est pas établie.
Méfiez-vous des conseils approximatifs concernant les stratégies de contournement. Certaines personnes tentent de dissimuler leur vie commune ou de organiser artificiellement leurs revenus. Ces pratiques constituent une fraude passible de sanctions pénales et financières lourdes.
La coordination entre organismes peut créer des incohérences temporaires. Votre statut fiscal, votre couverture maladie, et vos prestations CAF/MSA peuvent ne pas évoluer simultanément, générant des situations complexes à démêler.
Questions fréquentes
Mon conjoint gagne trop, vais-je perdre mon AAH définitivement ?
Non, la perte n’est jamais définitive. Si vos ressources diminuent (chômage du conjoint, séparation, baisse de revenus), vous pouvez retrouver vos droits en signalant ce changement.
Peut-on cumuler deux AAH dans un couple ?
Oui, si les deux conjoints sont en situation de handicap, chacun peut percevoir l’AAH. Les revenus du couple sont alors répartis pour calculer le montant de chaque allocation.
Les revenus de mon conjoint étranger sont-ils pris en compte ?
Oui, tous les revenus du couple sont considérés, quelle que soit leur origine géographique. Les revenus étrangers doivent être déclarés et convertis en euros.
Que se passe-t-il en cas de séparation en cours d’année ?
Vous devez signaler la rupture immédiatement. Vos droits sont recalculés selon le barème « personne seule » à partir du mois suivant la déclaration.
Mon concubin refuse de déclarer ses revenus, que faire ?
La CAF peut suspendre votre AAH en l’absence d’informations sur les ressources du foyer. Votre partenaire a l’obligation de fournir ces éléments pour maintenir vos droits.
L’héritage de mon conjoint impacte-t-il mon AAH ?
Les biens immobiliers génèrent un revenu cadastral pris en compte. Les capitaux mobiliers sont évalués forfaitairement à 3% de leur valeur annuelle.
L’AAH et la vie en couple nécessitent une vigilance constante sur l’évolution de votre situation. Les règles de 2025 maintiennent le principe de solidarité conjugale tout en préservant l’objectif d’autonomie des personnes handicapées. Une déclaration rigoureuse et anticipée des changements vous évite les complications administratives et financières. N’hésitez pas à contacter votre CAF ou MSA dès qu’un doute survient sur l’impact de votre situation conjugale.