Choisir une complémentaire santé revient à répondre à trois questions : quels soins vont coûter cher dans les années qui viennent, combien de ce coût la Sécurité sociale laisse à charge, et quel contrat couvre ce reste au meilleur prix sans payer pour des garanties inutiles. La difficulté tient au vocabulaire des tableaux de garanties, qui expriment les remboursements en pourcentage d’une base que peu de gens connaissent. Cette page explique cette base, ce que veulent dire concrètement 100 %, 200 % ou 300 %, les postes qui font la différence entre les contrats, et les règles de résiliation qui permettent de changer sans attendre l’échéance. Règles vérifiées le 15 septembre 2026 sur service-public.gouv.fr et ameli.fr.
Ce que la Sécurité sociale laisse à charge
Chaque acte a une base de remboursement (BR), qui est le tarif de la Sécurité sociale, et un taux : 70 % pour une consultation, 60 % pour la plupart des analyses et des soins paramédicaux, 80 % pour l’hospitalisation, 65 %, 30 % ou 15 % pour les médicaments. Ce que la Sécurité sociale ne rembourse pas se compose du ticket modérateur (la part de la base non remboursée), des participations forfaitaires et franchises (2 € par consultation, 1 € par boîte, jamais remboursables), du forfait hospitalier (23 € par jour), et des dépassements d’honoraires, qui n’ont aucune base et dépendent du praticien. Une complémentaire ne couvre jamais les participations et franchises ; elle couvre toujours le ticket modérateur si elle est « responsable », ce qui est le cas de la quasi-totalité des contrats ; et elle couvre les dépassements dans la limite de son pourcentage.
| Consultation d’un spécialiste (base 30 €) | Secteur 1, 30 € | Secteur 2, 60 € facturés |
|---|---|---|
| Sécurité sociale (70 % de 30 €, moins 2 € de participation) | 19 € | 19 € |
| Reste après la Sécurité sociale | 11 € | 41 € |
| Complémentaire 100 % BR (ticket modérateur seul) | 9 €, reste 2 € | 9 €, reste 32 € |
| Complémentaire 200 % BR (jusqu’à 60 € au total avec la Sécurité sociale) | 9 €, reste 2 € | 39 €, reste 2 € |
| Complémentaire 300 % BR (jusqu’à 90 € au total) | 9 €, reste 2 € | 39 €, reste 2 € |
Le pourcentage indiqué dans un tableau de garanties inclut en général la part de la Sécurité sociale : « 200 % BR » signifie que Sécurité sociale et complémentaire remboursent ensemble jusqu’à deux fois la base, soit 60 € pour une consultation à 30 €. Certains contrats l’expriment hors part Sécurité sociale (« 100 % BR en complément ») ; il faut vérifier la convention du tableau avant de comparer. Dans l’exemple ci-dessus, passer de 200 % à 300 % ne change rien pour une consultation à 60 € : le niveau utile dépend des dépassements réellement pratiqués par les médecins consultés, qui figurent sur l’annuaire santé d’ameli. Les contrats responsables plafonnent par ailleurs la prise en charge des dépassements des médecins non adhérents à l’Optam à 100 % de la base (200 % au total), et l’imposent inférieure à celle des médecins adhérents.
Les postes qui font la différence
Sur les soins courants, tous les contrats responsables se ressemblent : ticket modérateur couvert, dépassements variables. Les écarts de prix entre contrats s’expliquent par quatre postes. L’hospitalisation, où comptent le niveau de prise en charge des honoraires des chirurgiens et anesthésistes (les dépassements y atteignent couramment plusieurs centaines d’euros) et la chambre particulière, qui n’a aucune base de remboursement et se paie entre 50 et plus de 150 € par nuit selon l’établissement. Le dentaire, où le panier 100 % santé (couronnes, bridges et prothèses sans reste à charge sur des matériaux définis) est inclus dans tous les contrats responsables et où la différence porte sur les prothèses hors panier et l’orthodontie des enfants, remboursée par la Sécurité sociale à hauteur de 193,50 € par semestre sur des honoraires libres souvent trois à quatre fois plus élevés. L’optique, où le panier 100 % santé donne des lunettes sans reste à charge et où les contrats responsables plafonnent le remboursement des montures hors panier à 100 € ; un forfait optique élevé ne sert qu’à qui choisit des verres ou montures hors panier. Les audioprothèses, sur le même modèle depuis 2021. Le reste (médecines douces, cures, sevrage tabagique) est du confort dont le coût est en général supérieur au remboursement obtenu.
Adapter le contrat à sa situation
Un salarié a une mutuelle d’entreprise obligatoire, financée au moins à moitié par l’employeur, dont le socle est fixé par la loi ; la question se limite pour lui à souscrire ou non une surcomplémentaire, et à couvrir ou non son conjoint et ses enfants par ce contrat ou par un autre. Un foyer aux ressources inférieures aux plafonds de la complémentaire santé solidaire (10 421 € par an pour une personne seule en 2026, 14 069 € avec participation) n’a pas à comparer : la C2S couvre le ticket modérateur, le forfait hospitalier et les paniers 100 % santé en tiers payant intégral, pour 0 à 30 € par mois selon l’âge, et elle est plus favorable que n’importe quel contrat de ce prix. Un retraité paie sa complémentaire seul et à un tarif qui augmente avec l’âge ; l’hospitalisation et les prothèses sont ses postes utiles, les garanties maternité et orthodontie non. Un jeune actif en bonne santé a intérêt à un contrat d’entrée de gamme responsable, qui couvre le ticket modérateur et les paniers 100 % santé, et à ne monter en garanties qu’en cas de besoin identifié. Un indépendant compare les contrats individuels et, s’il relève du régime réel, déduit les cotisations d’un contrat Madelin.
Le prix et le calendrier
La cotisation dépend de l’âge, du lieu de résidence, du niveau de garanties et de la composition du foyer ; elle n’est pas soumise à un questionnaire médical pour les contrats responsables. Le seul moyen de comparer est de demander plusieurs devis pour le même profil et de mettre en regard le tableau de garanties et la cotisation annuelle, en tenant compte des délais de carence (certains contrats n’ouvrent le dentaire ou l’optique qu’après trois à six mois) et des plafonds annuels. Depuis le 1er décembre 2020, un contrat de complémentaire santé se résilie à tout moment après la première année, sans frais ni motif, par lettre ou en ligne ; le nouvel assureur peut se charger de la résiliation de l’ancien pour éviter tout chevauchement. Un salarié qui quitte son entreprise garde sa mutuelle par la portabilité (durée du dernier contrat, douze mois au plus, gratuite, s’il est indemnisé par France Travail) puis peut la conserver à titre individuel à un tarif encadré pendant trois ans. Les règles détaillées du changement sont dans Changer de mutuelle : démarches.
Questions fréquentes
Puis-je changer de mutuelle à tout moment ?
Oui, après un an d’engagement, sans frais ni motif. Avant un an, seulement à l’échéance ou en cas de changement de situation (embauche avec mutuelle obligatoire, déménagement, mariage, retraite).
Un contrat à 300 % est-il forcément meilleur qu’un contrat à 200 % ?
Seulement si les praticiens consultés facturent plus de deux fois la base. Pour l’hospitalisation, 300 % peut être utile ; pour les consultations courantes, rarement.
Faut-il une mutuelle si l’on a la complémentaire santé solidaire ?
Non, et le cumul est interdit. La C2S remplace la complémentaire.
La mutuelle d’entreprise est-elle toujours plus avantageuse ?
Pour le salarié lui-même, presque toujours, puisque l’employeur en paie au moins la moitié. Pour le conjoint et les enfants, le tarif proposé par l’entreprise se compare avec un contrat individuel.
Que faire si la mutuelle refuse un remboursement ?
Demander le motif par écrit et vérifier le tableau de garanties et les plafonds. En cas de désaccord, saisir le service réclamations, puis le médiateur de l’assurance ou de la mutualité, gratuitement.
Les médecines douces valent-elles la cotisation supplémentaire ?
Rarement : les forfaits (souvent 100 à 200 € par an) coûtent en cotisation à peu près ce qu’ils remboursent. Ils se justifient pour qui consulte régulièrement.



