Les troubles psychiatriques touchent plus de 8 millions de personnes en France. Selon la synthèse du bilan de la feuille de route Santé mentale et psychiatrie, cette prévalence importante nécessite une prise en charge adaptée. Lorsque ces pathologies nécessitent des soins prolongés et coûteux, elles peuvent être reconnues en Affection de Longue Durée (ALD). Cette reconnaissance permet une prise en charge à 100% des frais de santé liés à la maladie psychiatrique.
« 3 millions de personnes souffrent de troubles psychiques sévères, nécessitant une prise en charge spécialisée et continue » – Ministère de la Santé et de la Prévention
L’ALD psychiatrie concerne principalement les troubles psychotiques, les troubles bipolaires sévères, les dépressions majeures récurrentes et certains troubles de la personnalité. En 2025, près de 650 000 personnes bénéficient de cette prise en charge spécifique, représentant environ 6% de l’ensemble des ALD en France.
Cette reconnaissance administrative transforme concrètement l’accès aux soins : consultations psychiatriques, psychothérapies, hospitalisations, médicaments psychotropes sont intégralement remboursés. Une aide précieuse quand on sait qu’un suivi psychiatrique peut coûter plusieurs milliers d’euros par an.
Qu’est-ce que l’ALD psychiatrie exactement ?
L’Affection de Longue Durée psychiatrie correspond à la reconnaissance officielle qu’une maladie mentale nécessite des soins prolongés et particulièrement coûteux. Elle figure dans la liste des 30 ALD exonérantes définies par l’Assurance Maladie sous l’intitulé « Affections psychiatriques de longue durée ».
Cette catégorie regroupe les troubles mentaux chroniques ou récurrents qui répondent à trois critères précis : une durée prévisible supérieure à 6 mois, des soins particulièrement coûteux, et la nécessité d’un traitement prolongé. Le médecin traitant ou le psychiatre évalue ces critères avant de formuler la demande.
Les pathologies concernées incluent principalement les troubles psychotiques (schizophrénie, troubles délirants persistants), les troubles de l’humeur sévères (épisodes dépressifs majeurs récurrents, troubles bipolaires), certains troubles anxieux graves avec retentissement fonctionnel majeur, et les troubles de la personnalité avec décompensations répétées.
L’ALD psychiatrie se distingue des autres ALD par sa dimension subjective plus marquée. L’évaluation ne repose pas uniquement sur des examens biologiques ou d’imagerie, mais sur l’appréciation clinique du retentissement fonctionnel et social de la maladie. Le médecin conseil de l’Assurance Maladie examine chaque dossier individuellement.
Une fois accordée, l’ALD psychiatrie est généralement attribuée pour une durée de 3 à 5 ans, renouvelable selon l’évolution de l’état de santé. Cette durée peut être adaptée selon la pathologie : certains troubles chroniques comme la schizophrénie obtiennent souvent des reconnaissances plus longues.
La prise en charge à 100% concerne exclusivement les soins en rapport avec l’affection psychiatrique reconnue. Les autres frais de santé restent remboursés selon les taux habituels de la Sécurité sociale, sauf si le patient bénéficie d’une complémentaire santé.
Qui peut bénéficier de l’ALD psychiatrie
Toute personne affiliée au régime général de la Sécurité sociale peut prétendre à une ALD psychiatrie, quel que soit son âge. Les critères d’attribution ne dépendent ni des revenus, ni de la situation familiale ou professionnelle. Seuls comptent les critères médicaux établis par le médecin prescripteur.
Selon les données officielles du gouvernement, l’ampleur des besoins en santé mentale justifie cette approche inclusive.
« 13 millions de personnes présentent un trouble psychique chaque année en France, dont 3 millions vivent avec des troubles psychiques sévères » – Info.gouv.fr, Grande Cause nationale 2025
Les patients suivis en psychiatrie libérale comme en secteur public peuvent faire l’objet d’une demande. Le médecin traitant, le psychiatre hospitalier ou le psychiatre libéral peuvent initier la procédure. Dans la pratique, c’est souvent le psychiatre qui connaît le mieux la pathologie qui établit le protocole de soins.
Les jeunes adultes représentent une part croissante des nouvelles ALD psychiatrie. L’émergence de troubles psychotiques vers 18-25 ans, les dépressions sévères du jeune adulte, ou les troubles bipolaires diagnostiqués précocement justifient souvent cette reconnaissance. L’ALD facilite alors la continuité des soins à un âge charnière.
Les personnes âgées peuvent également bénéficier d’une ALD psychiatrie, notamment pour des dépressions sévères récurrentes ou des troubles psychotiques tardifs. Attention cependant : les troubles cognitifs type maladie d’Alzheimer relèvent d’une autre catégorie d’ALD spécifique.
Certaines situations particulières méritent attention. Les patients hospitalisés en psychiatrie depuis plus de 6 mois bénéficient automatiquement d’une prise en charge à 100% sans démarche ALD spécifique. Cette mesure évite les lourdeurs administratives en période de crise.
Les travailleurs indépendants, fonctionnaires, et salariés du régime agricole peuvent également prétendre à l’ALD psychiatrie selon les mêmes critères médicaux. Les modalités de demande restent identiques quel que soit le régime d’affiliation.
Exemples concrets et situations pratiques
Cas de Thomas, 28 ans, diagnostic de trouble bipolaire : Après deux hospitalisations en 18 mois pour épisodes maniaques, son psychiatre établit une demande d’ALD. Le dossier médical documente les récidives, l’impact sur la vie professionnelle, et la nécessité d’un traitement au long cours. L’ALD est accordée pour 5 ans. Thomas bénéficie désormais du remboursement intégral de ses consultations mensuelles (70€), de ses médicaments régulateurs de l’humeur (180€/mois), et de ses hospitalisations de jour en cas de décompensation.
Cas de Marie, 45 ans, dépression majeure récurrente : Troisième épisode dépressif en 5 ans malgré un traitement bien conduit. Son médecin traitant, en lien avec le psychiatre, formule une demande d’ALD. Le protocole de soins inclut consultations psychiatriques, psychothérapie, et antidépresseurs. L’accord pour 3 ans permet un suivi renforcé sans contrainte financière.
Cas de David, 35 ans, schizophrénie paranoïde : Diagnostiqué à 22 ans, David a connu plusieurs rechutes. Son psychiatre de secteur renouvelle son ALD pour la troisième fois. Le protocole couvre les injections d’antipsychotiques retard, les consultations de suivi, et les hospitalisations partielles. Cette stabilité administrative favorise l’observance thérapeutique.
Ces exemples illustrent la diversité des situations couvertes. L’ALD psychiatrie s’adapte aux spécificités de chaque pathologie : fréquence des consultations, coût des traitements, nécessité d’hospitalisations répétées.
La prise en charge inclut également les soins paramédicaux prescrits : séances de psychomotricité, ergothérapie, ou accompagnement par un infirmier en psychiatrie. Ces prestations, souvent coûteuses et non remboursées en situation normale, deviennent accessibles avec l’ALD. Pour les médicaments psychotropes coûteux, les patients peuvent également bénéficier d’aide à l’achat de médicaments complémentaire si nécessaire.
Certains patients cumulent ALD psychiatrie et autres affections longue durée. Un diabétique souffrant de dépression sévère peut bénéficier de deux ALD distinctes, chacune couvrant les soins spécifiques à sa pathologie.
Démarches, délais et points d’attention importants
La demande d’ALD psychiatrie s’initie lors d’une consultation médicale. Le médecin prescripteur remplit le formulaire « Protocole de soins » (formulaire Cerfa n°11626*05) en décrivant précisément la pathologie, son évolution, et les soins nécessaires. Ce document constitue le cœur du dossier médical transmis à l’Assurance Maladie.
Le protocole de soins doit être particulièrement détaillé en psychiatrie. Le médecin y précise les antécédents, les épisodes aigus, les traitements essayés, leur efficacité, et les conséquences fonctionnelles de la maladie. Plus le dossier est documenté, meilleures sont les chances d’acceptation.
Le patient signe le protocole et le transmet à sa caisse d’Assurance Maladie dans un délai de 15 jours. L’envoi peut se faire par courrier, dépôt en agence, ou via le compte ameli.fr. Un accusé de réception confirme la bonne réception du dossier.
Le médecin conseil de l’Assurance Maladie examine ensuite la demande. En psychiatrie, cet examen est exclusivement sur dossier : aucune convocation du patient n’est prévue. Le médecin conseil peut solliciter des compléments d’information auprès du médecin prescripteur si nécessaire.
La réponse intervient généralement sous 2 mois. En cas d’accord, l’ALD prend effet à la date de signature du protocole par le médecin, avec effet rétroactif sur les soins déjà dispensés. Le patient reçoit une attestation précisant la durée de prise en charge et les soins couverts.
Points d’attention cruciaux : Les refus d’ALD psychiatrie restent possibles, notamment si le dossier médical manque de précision ou si les critères de durée/coût ne semblent pas remplis. En cas de refus, un recours est possible dans un délai de 2 mois, avec production d’éléments médicaux complémentaires.
La prise en charge à 100% ne concerne que les soins inscrits au protocole. Tout dépassement d’honoraires reste à la charge du patient, sauf prise en charge par une complémentaire santé. Choisir des praticiens conventionnés secteur 1 optimise donc la prise en charge.
Questions fréquentes sur l’ALD psychiatrie
L’ALD psychiatrie apparaît-elle sur la carte Vitale ?
Non, la carte Vitale ne mentionne pas le type d’ALD. Seul le code « 100% » apparaît, garantissant la confidentialité sur la nature de l’affection.
Peut-on travailler avec une ALD psychiatrie ?
Absolument. L’ALD psychiatrie concerne uniquement la prise en charge des soins. Elle n’implique aucune restriction d’activité professionnelle ni obligation de déclaration à l’employeur.
Les psychothérapies sont-elles remboursées ?
Uniquement si elles sont prescrites par un médecin et réalisées par un psychiatre ou un psychologue conventionné. Les psychothérapies « pures » restent généralement non remboursées, même en ALD.
Comme le souligne le ministère des Solidarités, l’importance de cette prise en charge s’inscrit dans une démarche globale de santé publique.
« Les troubles psychiatriques de durée variable, plus ou moins sévères ou handicapants relèvent d’une prise en charge spécialisée adaptée aux besoins de chaque patient » – Ministère des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées
Que se passe-t-il en cas de déménagement ?
L’ALD reste valable sur tout le territoire français. Il suffit de mettre à jour son dossier auprès de la nouvelle caisse d’Assurance Maladie de rattachement.
L’ALD psychiatrie peut-elle être refusée au renouvellement ?
Oui, si l’état de santé s’est amélioré de façon durable. Le médecin conseil réévalue chaque demande de renouvellement selon les mêmes critères que la demande initiale.
Les hospitalisations d’urgence sont-elles couvertes ?
Toutes les hospitalisations en rapport avec la pathologie psychiatrique reconnue sont prises en charge à 100%, y compris les admissions en urgence non programmées.
Cette reconnaissance administrative représente un soutien concret pour les personnes souffrant de troubles psychiatriques chroniques. Elle lève le frein financier à l’accès aux soins spécialisés, favorisant une prise en charge précoce et continue. L’ALD psychiatrie s’inscrit dans une approche globale de santé publique visant à réduire les inégalités d’accès aux soins en santé mentale. Pour toute question spécifique, les conseillers de l’Assurance Maladie restent disponibles au 36 46, et les informations détaillées sont consultables sur ameli.fr dans la rubrique dédiée aux affections de longue durée.