Rester auprès d’un proche hospitalisé, le jour comme la nuit, n’est pas une faveur accordée par le service : c’est un droit encadré par la loi, que l’hôpital ne peut restreindre que pour des raisons précises. Cette page fait le point sur ce que la personne hospitalisée et son entourage peuvent demander, ce que l’établissement peut refuser, ce que coûte la présence d’un accompagnant et les congés qui permettent de s’absenter de son travail.
Le droit de visite est inscrit dans la loi
Depuis la loi n° 2024-317 du 8 avril 2024 dite « bien vieillir », l’article L1112-2-1 du code de la santé publique garantit à toute personne hospitalisée le droit de recevoir chaque jour les visites de son choix, sans avoir à prévenir l’établissement, sauf si le patient le souhaite. Le directeur ne peut s’y opposer que pour deux motifs : une menace pour l’ordre public dans l’établissement, ou un risque pour la santé du patient, des autres personnes hospitalisées ou du personnel, apprécié par le médecin. Le refus doit être motivé, proportionné et limité dans le temps ; il peut être contesté devant le tribunal administratif.
Pour une personne en fin de vie ou en soins palliatifs, la loi va plus loin : aucune visite quotidienne d’une personne de son choix ne peut lui être refusée, et si elle n’est plus en état de s’exprimer, ce droit s’étend à sa famille et à sa personne de confiance.
Ce droit s’ajoute aux textes plus anciens : la charte de la personne hospitalisée, affichée dans chaque établissement, et pour les enfants la charte de l’enfant hospitalisé, qui reconnaît le droit d’avoir ses parents auprès de lui jour et nuit.
Visiteur, accompagnant, personne de confiance
Le visiteur passe quelques heures dans les créneaux ouverts par le service, le plus souvent l’après-midi et en début de soirée. L’accompagnant reste de façon prolongée, y compris la nuit, sur un lit d’appoint installé dans la chambre. Cette présence continue dépend de la place disponible, de l’état du patient et du règlement du service : elle est systématique en pédiatrie, courante en gériatrie et en soins palliatifs, plus rare en chirurgie ou en réanimation, où les horaires restent encadrés.
La personne de confiance est autre chose : c’est la personne que le patient désigne par écrit, au moment de l’admission ou avant, pour l’accompagner dans ses démarches, assister aux entretiens médicaux s’il le souhaite et être consultée s’il n’est plus en état d’exprimer sa volonté. Elle peut être un parent, un proche ou le médecin traitant. Sa désignation, prévue à l’article L1111-6 du code de la santé publique, est révocable à tout moment. Être personne de confiance ne donne pas accès au dossier médical, mais permet de recevoir les informations que le patient accepte de partager.
Ce que le patient peut décider
Le patient choisit qui le visite et qui l’accompagne ; aucun lien de parenté n’est exigé. Il peut aussi demander que sa présence dans l’établissement ne soit pas divulguée, ou refuser certaines visites. Pour un mineur, ce sont les parents ou le représentant légal qui décident, et ils ont eux-mêmes le droit d’être présents. Pour un majeur protégé, l’accord du tuteur peut être demandé, sans que cela retire au patient le droit de dire qui il souhaite voir.
Le secret médical s’applique à tous les proches. L’équipe ne donne d’information sur l’état de santé qu’avec l’accord du patient, ou à la personne de confiance et à la famille lorsque le patient ne peut plus s’exprimer. Un accompagnant présent en permanence n’a donc pas automatiquement accès aux résultats ou au diagnostic.
Ce que ça coûte
Les visites sont gratuites. L’hébergement d’un accompagnant (lit d’appoint, chambre parent-enfant) et ses repas relèvent des prestations dites « hôtelières », dont chaque hôpital fixe le prix dans sa grille tarifaire, affichée à l’accueil et sur son site. En pédiatrie, le lit du parent est très souvent gratuit ; ailleurs, la nuit et les repas sont facturés à des tarifs qui varient d’un établissement à l’autre. Certaines complémentaires santé remboursent un forfait « lit accompagnant », en général limité aux enfants et aux personnes âgées ; il faut vérifier son contrat.
Le patient, lui, reste redevable du forfait journalier hospitalier, fixé à 23 € par jour depuis le 1er mars 2026 (17 € en psychiatrie), sauf s’il en est exonéré : complémentaire santé solidaire, AME, maternité à partir du sixième mois, accident du travail, hospitalisation d’un nouveau-né dans les trente jours suivant la naissance, notamment. Source : ameli.fr, montant vérifié le 5 septembre 2026.
Le détail de ce que coûte le séjour au patient lui-même — forfait journalier, ticket modérateur, chambre particulière — figure dans notre article sur l’hospitalisation : droits et remboursements.
S’absenter de son travail pour accompagner un proche
Trois congés spécifiques existent, distincts des congés payés, et l’employeur ne peut pas les refuser si les conditions sont remplies.
Le congé de présence parentale concerne le parent d’un enfant de moins de 20 ans dont la maladie, le handicap ou l’accident exige une présence soutenue. Il ouvre un compte de 310 jours à prendre sur trois ans, indemnisés par la CAF au titre de l’allocation journalière de présence parentale (AJPP), sur certificat médical détaillé.
Le congé de solidarité familiale permet d’accompagner un proche (ascendant, descendant, frère ou sœur, personne partageant le domicile, ou personne de confiance) dont le pronostic vital est engagé ou qui est en phase avancée d’une maladie grave. Il dure trois mois, renouvelable une fois, et peut être indemnisé par l’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie, versée pendant 21 jours au maximum par la caisse d’assurance maladie.
Le congé de proche aidant s’adresse à ceux qui aident un proche en perte d’autonomie ou handicapé, à l’hôpital ou à domicile. Il est limité à trois mois renouvelables, un an sur toute la carrière, et indemnisé par l’allocation journalière du proche aidant (AJPA) versée par la CAF pendant 66 jours au maximum. Les conditions et montants à jour figurent sur service-public.gouv.fr.
Pour une hospitalisation courte, la convention collective ou l’accord d’entreprise prévoient souvent des jours d’absence pour enfant malade ou événement familial ; à défaut, la loi accorde trois jours par an non rémunérés pour enfant malade de moins de 16 ans, cinq si l’enfant a moins d’un an ou si le salarié a trois enfants.
Les règles à respecter sur place
L’accompagnant se conforme au règlement intérieur du service : horaires de soins pendant lesquels on lui demande de sortir de la chambre, hygiène des mains, port du masque ou d’une surblouse en cas d’isolement, silence la nuit, nombre de personnes limité dans une chambre double. Il n’intervient pas dans les soins, sauf si l’équipe l’y associe, ce qui est fréquent pour les parents d’un enfant ou l’aidant d’une personne dépendante.
En cas de désaccord avec le service, sur un refus de visite, d’hébergement ou d’information, le premier recours est le cadre de santé, puis la direction. Chaque établissement dispose d’une commission des usagers, saisissable par simple courrier, et de médiateurs médical et non médical chargés d’examiner les réclamations. Le Défenseur des droits peut être saisi si le refus paraît discriminatoire.
Questions fréquentes
L’hôpital peut-il interdire toutes les visites, comme pendant l’épidémie de Covid ?
Depuis 2024, une restriction générale n’est plus possible sans motif sanitaire précis et motivé ; les proches d’une personne en fin de vie ne peuvent jamais en être exclus.
Un enfant peut-il rendre visite à un parent hospitalisé ?
Oui, sauf risque infectieux. Les services demandent en général qu’il soit accompagné d’un adulte ; certains, comme la réanimation, préparent la visite avec l’équipe.
Faut-il une autorisation écrite pour dormir dans la chambre ?
Non, l’accord oral du patient et du service suffit. Un badge d’accès peut être remis pour circuler la nuit.
Puis-je apporter des repas au patient ?
Selon le régime prescrit. Il faut demander à l’équipe, qui peut refuser pour des raisons médicales.
L’accompagnant est-il couvert en cas d’accident dans l’hôpital ?
La responsabilité de l’établissement s’applique pour les dommages liés à ses locaux ou à son organisation, comme pour tout visiteur.



